Restauration du patrimoine bâti : 5 fausses bonnes idées

On dit bien que l’enfer est pavé de bonnes intentions… et ça se vérifie assez bien dans le monde du patrimoine ! 🙂

Lorsque j’interviens sur un bâtiment ou un objet du patrimoine, un des problèmes les plus récurrents relève d’anciennes tentatives de réparations « faites maison », non adaptées ou exécutées maladroitement. Aujourd’hui je vous propose donc de revenir sur 5 fausses bonnes idées en matière de restauration du patrimoine bâti.

Cet article est couplé avec un autre focalisé sur le patrimoine mobilier, à paraître prochainement.

1. La végétalisation à outrance

Exemple local assez révélateur, le patrimoine breton va souvent de pair avec l’iconique haie d’hortensia bien épaisse qui habille le pied des façades. Bien que cette image d’Épinal ait son charme, il faut savoir qu’une végétalisation trop importante au contact d’une maçonnerie peut avoir de lourdes conséquences. 🌸

Les hortensias, le lierre, la profusion de géranium ou autres, ont en commun de maintenir l’humidité à la surface du mur : l’humidité du sol qui remonte par le mur, mais aussi celle des eaux de pluie. De plus, ils empêchent l’accès au pied de la construction pour surveiller l’entretien. Et dans le cas du lierre et autres grimpantes, les racines s’infiltrent entre les pierres et dégradent la maçonnerie en profondeur.

Pour les constructions en bois, le problème est le même : l’humidité constante ruine le pan-de-bois ou la terre. D’où l’importance de laisser ce qu’on appelle une « lame d’air » entre les végétaux et le mur.

Mais attention, dans certains cas, la végétalisation fait partie intégrante de l’architecture ! Selon la nature de la construction, certaines essences de plantes précises peuvent avoir un rôle à jouer dans la vie du bâtiment. ♻️

Chapelle morbihannaise et ses hortensias (Notre-Dame-de-Mille-Secours de Brouël en Ambon, pignon inscrit Monument historique). Confinement oblige : source wikipédia.

2. Le pastiche architectural

Le pastiche, c’est la création neuve dans un style qui imite l’ancien. Pourquoi est-ce une fausse bonne idée ? L’histoire de l’architecture est riche et complexe. L’intérêt patrimonial d’un bâtiment relève de son histoire, de son évolution (ajouts, modifications, mais aussi suppressions ou éléments manquants). 🏛️

En agissant sans savoir où se placent les atouts de son bien, ou en croyant bien les connaître, le risque est de dénaturer profondément l’édifice et de perdre son intérêt. Les exemples sont courants et vont de la surinterprétation de l’histoire (par exemple ajout d’une tour hors œuvre dite « médiévale »🛡️), à la recherche idéalisée d’une authenticité qui n’existe pas (par exemple, enlever un enduit en terre sur une maison rurale pour laisser la pierre apparente).

Ce dernier exemple est assez symptomatique d’une recherche esthétique au détriment de la logique constructive du bâtiment, et donc de sa conservation dans le temps : là encore, de lourdes pathologies risquent d’apparaitre sur les murs de cette maison.

Exemple de façade d’un immeuble de Tournai dont l’enduit a été supprimé. Confinement oblige : source wikicommons.

3. Ciment et bâti ancien : la mauvaise combinaison

L’emploi du ciment sur un bâtiment en pierre remporte la palme de la fausse bonne idée. Car il s’agit d’une vraie mauvaise idée, vous me suivez ? 😉

Le ciment c’est LE matériau magique qui se démocratise à partir des années 1950. Il est économique, facile à mettre en œuvre, imperméable et dur comme la pierre. Résultat, rares sont les maisons qui y ont réchappé. Cependant, avec le temps, on prend désormais la mesure des dégradations qu’il engendre.

On entend souvent « oui, mais au moins le ciment ça tient ». Alors, oui justement le problème du ciment c’est qu’il tient un peu trop. Vous me voyez souvent répéter (sur ce site, sur Instagram ou Facebook) qu’il faut rendre l’intervention de restauration PERENNE. ⚠️ Attention, la pérennité du bâtiment ne signifie pas la pérennité de tous ces matériaux, sans entretien : en l’occurrence, dans une maçonnerie, le rôle du joint est de laisser passer l’eau piégée dans le mur, et donc de se dégrader au fil du temps pour préserver les pierres (d’où l’entretien et la reprise réguliers des joints). Si les joints sont réalisés en ciment, l’eau qui remonte dans le mur depuis le sol est donc contrainte de ressortir par la pierre, entrainant avec elle des minéraux : et à terme, c’est la pierre qui se désagrège.

🌦️Peu importe la nature et l’âge d’un bâtiment, il faut reprendre conscience qu’il nécessite un entretien régulier (joints, enduit, menuiseries, couverture, etc.)

Enduit ciment sur un enduit terre. ©Pauline Ruen, Anthemion, 2020

4. Les bâches et revêtements plastiques

On l’a vu, le bâti ancien emploie des matériaux minéraux et organiques. Ce qui est organique compose avec l’humidité et tout un monde de bactéries etc. que la mise en œuvre gère. Et le plastique n’est absolument pas compatible avec le fragile équilibre de ce petit monde.

Il n’est pas rare de voir des charpentes recouvertes de bâches plastiques pour rendre la couverture plus étanche, des tentatives d’isolation Do It Yourself, ou des parquets bas arborant des revêtements synthétiques et bien trop hermétiques.

Par comparaison, faîtes l’expérience de courir avec un K-Way bien fermé 😓… Là, c’est la même chose : le bois et le sol générant de l’humidité, cette dernière se retrouve coincée, dans l’impossibilité de s’évaporer, elle condense et mouille directement les surfaces. Se développe alors tout un écosystème non maîtrisé : les moisissures, champignons, insectes et pourritures irréversibles…

☝️ L’emploi de matériaux synthétiques doit se faire de façon éclairée. Des évolutions techniques existent et sont évidemment préconisées, si elles sont mise en œuvre de façon adaptée.

Exemple de pourriture cubique du bois, suite au passage d’un champignon lignivore.

5. Couper les entraits de charpente

Un entrait de charpente, c’est la pièce de bois horizontale qui ferme le « triangle ». En patrimoine bâti, il arrive souvent que l’espace sous charpente ne soit pas conçu pour y vivre mais pour servir de grenier (c’est-à-dire de stockage). L’entrait est donc laissé proche du plancher.

L’usage actuel des habitations nous pousse à optimiser l’espace, notamment en occupant les espaces sous combles. A moins d’être charpentier, architecte ou ingénieur structure, la suppression ou l’élévation de cette poutre qui barre le passage est globalement une mauvaise idée. Y toucher c’est remettre en question tout l’équilibre de la charpente et de sa triangulation (rappelez-vous, le triangle est une figure indéformable📐). Les risques sont nombreux : poids de toiture qui pèse trop ou mal sur les maçonneries, défaut de contreventement, etc. Ces désordres sont particulièrement lourds et menacent tout le bâtiment.

En évidence, l’entrait de charpente. ©Anthemion, d’après le Dictionnaire raisonné de l’architecture, de Eugène Viollet-le-Duc.

La recette magique et universelle n’existe pas (désolée). Chaque élément patrimonial a son histoire, sa constitution, et ses pathologies qui lui sont propres. Et c’est ce qui fait sa richesse, alors soyons vigilants à sa conservation. 🤓

Bien souvent la première raison évoquée face à une restauration d’appoint est celle du budget : par crainte de coût excessif, on opte pour une solution-maison a minima. Or une intervention mal préparée ou exécutée, c’est la garantie de garder le problème non résolu, mais également de l’aggraver. Et en plus, quand c’est mal fait, il faut défaire pour mieux recommencer. Donc tout faux ! Peu importent les raisons qui sont à l’origine d’une de ces idées, elles ne sont jamais dans l’intérêt du bâtiment, ni de son propriétaire ou usager.

Alors, quelle est la bonne solution ?

  1. Faire appel à des professionnels ! Certes, ils ont un coût (rares sont les personnes qui travaillent uniquement pour la gloire), mais les savoir-faire sont le gage d’une intervention de qualité et pérenne.
  2. Demander conseil auprès des entreprises compétentes et des instances publiques (ABF, DRAC, CRMH, CAOA…) : faîtes réaliser un constat d’état de votre bien pour savoir vers quoi vous allez. Le constat d’état ouvre sur des préconisations d’intervention et une estimation financière. Ce qui m’amène au dernier point…
  3. Anticiper les surprises : on est d’accord, le patrimoine peut coûter cher… Ce coût il se gère avec un budget dédié, et une bonne connaissance des recours possibles. Un AMO spécialisé en patrimoine vous accompagnera dans la stratégie à mettre en place pour votre/vos biens : constat d’état, obligations, réglementation, mais aussi aides et subventions possibles, conseils en conservation préventive, budget et autres astuces.

Chez Anthemion on manie à merveille le patrimoine breton (mais pas que !) et les hortensias : n’hésitez pas à poser vos questions ! 😃

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